L’I.A. : un outil puissant à utiliser avec discernement

Marqué par des conférences et tables rondes de haut niveau et la projection d’un film, le Festival s’est conclu dimanche 3 mai par une messe présidée par notre évêque, Monseigneur Moutel. Pour permettre aux personnes qui n’ont pu y participer de s’en faire une idée, voici une courte synthèse de cette semaine de conférences et d’échanges.
Le Festival Notre-Dame, évènement biennal, s’est déroulé cette année la semaine du 27 avril au 3 mai sur le thème de l’Intelligence artificielle (IA), cet outil imaginé par les milieux scientifiques spécialisés il y a plus de cinquante ans mais qui envahit dorénavant nos vies depuis trois ou quatre ans.
Le lundi soir : qu’est-ce que l’intelligence artificielle ?

L’IA, omniprésente dans notre quotidien (transports, santé, loisirs), est le fruit d’une longue histoire technologique, marquée par des avancées majeures et des cycles d’espoir et de désillusion.
Derrière le terme « intelligence », l’IA reste un outil informatique : elle transforme des données en résultats grâce à des probabilités, sans aucune compréhension ou conscience, mais parfois pilotées par des intentions humaines qui doivent nous interroger sur la fiabilité des réponses.
L’IA incarne une intelligence « froide », purement calculatoire, là où l’humain allie raison, émotions et intuition : une différence fondamentale qui questionne notre rapport à la technologie.
Le vrai enjeu n’est pas de craindre ou d’idolâtrer l’IA, mais de lui donner une place juste : un outil au service de l’épanouissement humain, régulé collectivement pour préserver ce qui nous définit.
Le mardi soir : l’IA au service de l’éducation
Avec Isabelle Elis, psychothérapeute, et Julien Gosseaume, ingénieur en IA et objets connectés.
L’IA offre des opportunités pédagogiques inédites, mais son usage non maîtrisé peut fragiliser l’attention, la mémoire et l’esprit critique des apprenants.
Elle peut aussi devenir un levier pour développer l’esprit critique, à condition d’en comprendre les limites.
L’IA ne crée pas, elle génère : elle peut inspirer, mais ne remplace pas la pensée originale, née de l’effort, de l’ennui et de l’interaction humaine.
L’éducation à l’ère de l’IA doit allier vigilance et innovation : utiliser la technologie comme un outil au ser- vice de l’humain, tout en préservant ce qui fait notre singularité -la curiosité, la créativité et le lien social-.
Le mercredi soir a été visionné un film : Ex Machina 
Ecrit et réalisé par Alex Garland, il est sorti en 2014. C’est un film d’anticipation dont l’intérêt est de montrer l’opposition entre l’homme et la machine et d’interroger le spectateur sur sa propre humanité face à une IA en quête d’identité.
Le jeudi soir : l’IA au service de la société civile
Table ronde animée par Sylvain Dorschner (Ste Public IA), avec Thierry Andrieux, président de Lamballe Terre et Mer, Emmanuel Bour, cofondateur de Four Data, référent IA dans le mouvement Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens (E.D.C), et Jean-Yves Bernard, professeur de géopolitique, responsable de la formation sécurité Défense au C.N.A.M de Bretagne
L’IA repose sur une puissance de calcul colossale et l’exploitation massive de données numériques. Cette révolution technologique transforme le travail, exposant 18 % des métiers à des mutations profondes.
Enjeux géopolitiques et écologiques : la face cachée de l’IA réside dans sa consommation extrême en eau et en énergie. La souveraineté mondiale se joue désormais sur le contrôle des terres rares et des puces électroniques.
Éthique et management en entreprise : l’intégration de l’IA doit éviter le piège de l’épuisement cognitif en préservant des tâches humaines. Le respect de la dignité et la subsidiarité garantissent que la machine reste une simple assistante.
Action publique et discernement : Les collectivités utilisent l’IA pour améliorer le service public tout en sécurisant les données locales. Le décideur humain doit impérativement garder le pilotage final pour ne jamais céder son discernement.
Le vendredi soir : l’Homme, créature de Dieu, et le robot, créature de l’Homme
Avec le Père Thierry Magnin, docteur en physique et docteur en théologie, spécialiste en éthique des sciences et technologies.
L’IA est une machine de silicium qui calcule des corrélations sans comprendre le sens ; l’Humain, lui, pense avec son corps, ses émotions et sa vulnérabilité.
Le projet transhumaniste de l’Homme « augmenté » cherche la performance et le « surhomme », tandis que l’anthropologie chrétienne valorise l’unité corps-âme-esprit et la finitude humaine.
La parole humaine suppose un visage et une altérité que la machine ne pourra jamais remplacer.
En s’appuyant sur la doctrine sociale, l’Église propose de mettre l’IA au service du bien commun, pour cultiver (au sens large) la Terre et servir les plus fragiles.
Dans la note Antiqua et Nova publiée en janvier 2025 sur les relations entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine, le Vatican écrit dans sa conclusion : « Dans la perspective de la Sagesse, les croyants pourront agir comme des agents responsables, capables d’utiliser cette technologie pour promouvoir une vision authentique de la personne humaine et de la société, à partir d’une compréhension du progrès technologique comme faisant partie du plan de Dieu sur la création : une activité que l’humanité est appelée à ordonner au Mystère pascal de Jésus-Christ, dans la recherche constante du Vrai et du Bien. »
Bref, préservons-nous de la tendance actuelle à robotiser l’Homme et à humaniser le robot. L’IA, donc, un outil puissant à utiliser avec discernement.
Dimanche matin, clôture du Festival par la messe présidée par Monseigneur Denis Moutel
Après une semaine riche en enseignements permettant aux participants de « démystifier » la question de l’IA et d’avoir un avis informé sur le sujet, les paroissiens étaient heureux de participer à l’Eucharistie et de se retrouver à la sortie pour échanger et remercier les organisateurs pour la qualité des propositions du Festival.
Que vous ayez participé ou non aux rencontres du festival 2026, cultivez votre intérêt et votre vigilance en rejoignant les « Rencontres du Parvis » qui permettront de poursuivre la réflexion d’ici à juin 2027.
Nous aurons l’occasion d’échanger sur la nouvelle encyclique du pape Léon XIV, Magnifica humanitas, sur les enjeux de l’IA.


