Homélie de l’Épiphanie, le mercredi des Cendres 2025

Homélie de l’Épiphanie prononcée par le P. Guy Marzin à la Chapelle de Moncontour et en l’église de Saint-Trimoël, le mercredi des Cendres 2025
Evangile selon saint Matthieu 6, 1-6.16-18
« Revenez à moi de tout votre cœur », dit le Seigneur à travers le livre du prophète Joël. En parlant ainsi, le Seigneur met devant nos yeux une réalité que nous connaissons bien, même si nous préférons ne pas la voir. Oui, nous sommes souvent loin de lui, à distance.
En fait, c’est nous qui ne comprenons pas. Qui ne comprenons pas qu’être à distance de Dieu, c’est être aussi à distance de notre propre vie. Et nous rapprocher de Dieu, c’est bien nous rapprocher de nous-mêmes, et devenir davantage ce à quoi nous sommes appelés : vivants et aimants.
Que cela peut-il signifier de : « revenir vers le Seigneur, se rapprocher de Dieu » ? Il s’agit d’abord de regarder notre vie. Notre éloignement de Dieu se cache en bien des attitudes, des comportements, des réactions qui concernent, nous le savons bien, tous les secteurs de notre existence.
Revenir à Dieu suppose alors un exode, une sortie de soi, un changement. Jésus, dans le texte d’évangile que nous venons d’entendre, vient démasquer le mensonge de bien des comportements, même religieux. Il évoque l’aumône, la prière et le jeûne. A travers ces trois pratiques traditionnelles de pénitence, c’est bien l’ensemble de notre existence humaine qui est récapitulée.
L’aumône. C’est-à-dire le partage. Il recouvre l’ensemble de notre relation aux autres. Relation fondamentale car « Dieu, nous ne le voyons pas » et le prochain est donc pour nous sa révélation, son épiphanie. Ce que vous faites au plus petit d’entre vos frères, c’est à moi que vous le faites nous dit le Christ dans l’évangile de saint Matthieu (Mt 25). Regardons notre relation aux autres, proches ou lointains. De qui allons-nous nous rendre proches durant ces semaines de carême ?
La prière. Le mot « prière » renvoie à notre relation à Dieu. Comment allons-nous donner un goût nouveau, une intimité plus grande à notre relation à Dieu ? Celle-ci, paradoxalement, vient en second dans la bouche de Jésus qui, un peu plus haut dans ce même évangile, rappelle : « Si tu présentes ton offrande à l’autel et que là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande devant l’autel et va d’abord te réconcilier avec ton frère, et alors tu viendras présenter ton offrande. » ( Mat5, 23-24).
Pas de prière juste sans le souci du frère. Mais si la prière occupe ici la seconde place, on peut également considérer que c’est bien cette relation à Dieu qui occupe la place centrale puisqu’elle commande à la fois la relation aux autres et la relation à la nature.
Le jeûne. Par le « jeûne », troisième élément, est envisagée toute notre relation à la nature, aux biens qu’elle procure, à la richesse, à la consommation… Et ce temps qui s’ouvre aujourd’hui est donc l’occasion de regarder nos modes de vie, l’usage de nos biens, notre liberté par rapport à la marchandisation ambiante – nous souvenant du lien que le Pape François, dans l’encyclique Laudato Si, établit entre crise sociale, crise écologique et crise spirituelle.
Vous voyez donc que le chemin vers Pâques demande que nous regardions tous les aspects de notre existence. Mais que nous regardions notre vie à la lumière de ce qu’a vécu le Christ lui-même, l’attitude juste en toutes choses, lui qui n’a pas voulu utiliser les autres ni son Père pour en tirer des avantages.
Le Carême, passe pour chacun et chacune d’entre nous, par une démarche de clarification, pour vérifier ce qui est vrai dans notre vie, et ce qui est faux.
Qu’est-ce qui dans nos vies a besoin d’être regardé, ajusté, débarrassé du superflu, réorienté ? Il s’agit en effet de nous libérer du désir d’être au centre, peut-être de ce qui nous inquiète et nous accapare, pour nous tourner résolument vers Dieu et vers les autres.
Puissions-nous en ce Carême 2025, repérer et décider ce qui nous aidera davantage, de manière simple et réelle, à nous laisser réconcilier avec Dieu, par de petites et grandes conversions.
(D’après divers sources)
LES DIX COMMANDEMENTS DE LA RÉCONCILIATION :
1- Nous accepter nous-mêmes tels que nous sommes et avec joie.
2- Prendre en compte ce que nous avons reçu, plutôt que ce qui nous manque.
3- Remercier plutôt que de se plaindre.
4- Dire du bien des autres et le dire à haute voix.
5- Ne jamais se comparer aux autres : une telle comparaison ne conduit qu’à l’orgueil, et à la désespérance, sans rendre heureux.
6- Vivre dans la vérité sans craindre d’appeler bien ce qui est bien et mal ce qui est mal.
7- Résoudre les conflits par le dialogue et non par la force : garder en soi les rancœurs ne peut qu’enfermer dans la tristesse.
8- Dans ce dialogue, commencer avec ce qui rassemble, et n’aborder qu’après ce qui divise.
9- Faire le premier pas de la réconciliation avant le soir.
10- Être persuadé que pardonner est plus important que le fait d’avoir raison.
Cardinal Danneels
